Cours SEM940G – Temps, discours, poétiques de la libération sexuelle
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Au lendemain de la Révolution sexuelle, Michel Foucault, qui propose dans son Histoire de la sexualité (1976) de déboulonner l’hypothèse victorienne de la répression sexuelle, s’interroge sur les déterminations d’une nouvelle hypothèse, celle, toute aussi suspecte puisqu’elle en est l’envers, de la « libération sexuelle ». Assumant cette posture de doute, ce séminaire propose d’interroger les discours sur la liberté et la libération sexuelles dans la littérature et les arts contemporains (1968 à aujourd’hui). Si, pour les mouvements et les pensées féministes, gaies et lesbienne et queers, la libération s’impose comme un impératif d’émancipation et de révolution contre toute forme de domination et d’exclusion des sexualités minorisées, ils entrent en conflit ou en dialogue avec des récits eschatologiques et téléologiques qui posent la libération comme finalité d’un processus historique. En mettant en question les limites épistémiques d’« origine » et de « fin » (Berger 2013 et 2021, Butler 2004, Froidevaux Metterie 2015 et 2018, Johnson, 1994, Malabou 2020), les œuvres à l’étude dans le cadre de ce séminaire nous permettront d’envisager la « libération » comme un horizon fantasmatique pour une certaine compréhension et une redéfinition des histoires des féminismes et de leurs pratiques (Kristeva 1979, Möser 2022). Partant de l’idée que la condition féminine est définie par l’exclusion historique des femmes du réel et des champs symboliques de la pensée et du langage (Ronell dans Solanas 2004), nous aurons à réfléchir aux effractions du féminin – à travers la littérature et les arts – en regard d’un contexte de violence et d’oppression (domestication, institutionnalisation, agression sexuelle). Il s’agira ainsi d’interroger les effets de certaines médiations et techniques de mise en scène (par exemple, l’autofiction, l’autoportrait, l’intertextualité, la parodie, le plagiat), et stratégies poétiques (terroristes, de choc ou d’épuisement) comme autant de moyens de prendre part à un processus de libération sexuelle (Nelson 2021) – dont le sens se déplace et se reforme au gré des transformations politiques et idéologiques.