Cours EPA910A – Refaire autrement : enjeux esthétiques et politiques des (p)reenactments
Description
Ce séminaire propose une réflexion sur les reprises, les recréations, les réactivations live d’oeuvres performatives du passé, d’évènements historiques ou de phénomènes culturels que mènent de nombreux artistes aujourd’hui, et que l’on peut désigner par le terme anglais reenactment qui n’a pas d’équivalent satisfaisant en français. Le reenactment implique des processus d’incorporation et d’excorporation ; il engage des corps, des gestes, des actions. Il permet de transmettre des oeuvres, des savoirs, des valeurs entre les individus, les groupes sociaux, les générations de façon directe, d’un corps à un autre, en privilégiant l’oralité, la mémoire corporelle et kinesthésique. Le reenactment serait de l’ordre de la contre-mémoire ; il permettrait de produire des contre-histoires et de donner une parole aux groupes minoritaires. Les liens étroits entre les pratiques de reenactment et les nouvelles technologies de l’image et des communications contribuent à diffuser ces nouvelles interprétations et à faire entendre des voix marginalisées. Cette capacité du reenactment à développer des formes d’agentivité a récemment poussé plusieurs artistes et théoricien.ne.s à le considérer comme une manière d’anticiper sur l’avenir, de générer des « futurités », c’est-à-dire des futurs potentiels qui nous inciteraient à reconsidérer nos comportements, nos valeurs et nos croyances d’aujourd’hui. Cette conception du reenactment, que plusieurs appellent pre-enactment, prend la forme de répétitions (au sens de rehearsal) de formes de socialité encore inédites. Elle ouvre des voies alternatives aux utopies produites par les modernités basées sur des conceptions téléologiques de l’histoire et aux dystopies des sociétés présentistes actuelles qui manifestent une surconscience du présent et une difficulté à se projeter dans le futur. Le séminaire sera construit autour de quatre axes de réflexion à partir desquels nous évaluerons les potentiels esthétiques et politiques des (p)reenactments : 1) L’immersion et la distanciation : entre la croyance (croire ou ne pas croire) et la feintise (jouer à) ; 2) Le direct et le médiatisé : entre les répertoires de gestes et les chaînes intermédiales de représentations ; 3) Passés, actualités et futurités : les anachronismes productifs des (p)reenactments ; 4) L’assujettissement et l’agentivité : la charge polémique et dissensuelle des (p)reenactments. Favorisant une approche interdisciplinaire, le séminaire accordera une place importante aux débats théoriques et aux cas d’études emblématiques des arts visuels, de la danse, du cinéma et du théâtre contemporains. À titre indicatif, les artistes et les collectifs suivants seront abordés : Action Zoo Humain, Ant Farm, Dominique Bagouet, Brett Bailey, Pina Bausch, Jérôme Bel, Boris Charmatz, Jeremy Deller, Mélanie Demers, Esther Ferrer, Coco Fusco, Guillermo Gómez-Peña, Anna Halprin, Trajal Harrell, Luis Jacob, Radu Jude, Allan Kaprow, Latifa Laâbissi, Xavier Le Roy, Babette Mangolte, Yoko Ono, Public Movement, Rober Racine, Rania et Raed Rafei, Milo Rau, Second Front, Tino Sehgal, Skawennati, Mark.