Cours EPA903M – Relations à l’infime : imaginaires, pratiques et fabriques
Description
Cours à contenu variable
Ce séminaire porte sur la mise en évidence des moyens artistiques: langages, matériaux, techniques et technologies. Il interroge non seulement les conditions matérielles de la production artistique dans l’espace et le temps, mais également les phénomènes liés à la médiation, à la transposition, à la traduction en arts. Le séminaire pose particulièrement les problématiques liées aux technologies nouvelles et aux nouveaux médias. Il est l’occasion d’analyser les composantes spécifiques des expressions artistiques en intégrant diverses technologies se manifestant dans leurs dimensions spatiale, visuelle, sonore, gestuelle et dramaturgique.
Sommaire du contenu
Conçu comme un espace de réflexion et d’action autour de pratiques artistiques qui s’inscrivent en marge des formes de représentation dominantes, ce séminaire théorico-pratique investit des démarches artistiques qui s’intéressent à la « nature ordinaire » (Godet, 2010), à l’imperceptible et au microscopique. En nous penchant sur l’infime, il s’agira ici d’opérer un « déplacement des seuils » (Morizot, 2020: 26) qui conditionnent nos regards. Ce geste de délocalisation participera également d’une reconnaissance, éthique, de la répartition inégale de la considération et du soin (Cunsolo, 2025), notamment à l’égard des êtres, humains et autres qu’humains, ordinairement peu pris en compte (existences minorées, espèces envahissantes, « mauvaises herbes ») comme à l’égard des environnements déconsidérés, abandonnés ou transitoires (friches, tiers-paysages). Pour penser et mettre en actes, sous ses diverses formes possibles, la relation à l’infime, et pour observer comment celle-ci peut « constituer une forme d’attention, un soin de soi et du monde, une possibilité d’extension et de reliaison » (Macé, 2022: 236), nous privilégierons des pratiques elles-mêmes modestes. En écho aux pratiques du care (Tronto, 2019), qui, traditionnellement endossées par les femmes, regroupent des actions souvent invisibles, œuvrées dans l’ombre, mais essentielles pour faire « tenir » ce qui compose nos mondes partagés (Macé, 2025), nous chercherons ainsi à repenser notre relation au « petit » à travers différentes postures et modalités : mouvements de décentrement de l’humain ( Kimmerer, 2013 ; Puig de la Bellacasa, 2017), égards accrus aux corps micropolitiques (Garcin-Marrou, 2018 ; Biggé, 2023) et aux gestes mineurs (Manning, 2019), notamment. Ce séminaire s’ancre dans un champ théorique pluriel, au confluent de la philosophie environnementale, de l’écopoétique décoloniale et des approches écoféministes et écosomatiques. Au fil de lectures théoriques croisées, de parcours d’œuvres et d’explorations pratiques, seront proposées deux sphères de réflexion : 1) Micropolitiques La sphère « micropolitique » invitera à explorer un art fait de « petites aventures du quotidien » (Guattari et Rolnik, 2004) qui s’expérimente dans la relation, à l’antipode des rapports de domination valorisant l’extraordinaire et le spectaculaire. Renvoyant au minoré ou à l’infra-ordinaire (Pérec, 1989), les corps micropolitiques permettent à ce titre d’appréhender « le monde différemment, hors des schémas dominants » (Garcin-Marrou, 2018 : 115 ; Casselot et Lefebvre-Faucher, 2017). 2) Du commun à l’en-commun Cette sphère s’attachera à l’exploration de l’articulation de deux acceptions du commun : l’habituel, l’ordinaire, et ce qui relève du partage et de la collaboration, notamment à travers l’hétérarchie des relations et l’imagination de nouvelles forces d’action collective (Le Guin, 2007 ; Vercauteren, 2018). Nous nous intéresserons aussi aux fabriques de « l’en-commun », au sens d’une mise en commun d’appartenances à des singularités multiples (Mbembé, 2023 ; hooks, 2024). Il s’agira alors, pour penser et mettre en actes la relation à l’infime, de tisser des ensembles (interartistiques, interspécifiques) à partir de la différence même (Ingold, 2021).